Séléné, ma douce et parfaite amante, j'entends bien
Tes murmures discrets et tes silencieux secrets,
Quand tu étires lascivement tes rayons,
Par delà les collines et les mornes vallons,
Et dans la nuit froide, je t'ai entendue pleurer,
Déversant une lumière lactée sur les chemins.
Je t'ai vue d'abord enfant, affamée de vie,
Ce mince croissant s'élevant délicatement
Parmi la nue gelée et mouillée d'étoiles;
Et puis je t'ai vue femme, sous une robe pâle,
Opulente et ronde, et généreuse, et aimante,
Avant de voir faiblir tes dernières envies.
Et puis je t'ai vue mourir, devenir un spectre,
Et troquer ta robe d'ivoire pour le linceul,
Pour retourner dans ton tartarien tombeau,
Et attendre la prochaine plainte du corbeau
Pour que tu t'élèves à nouveau, triste et seule,
Accrochée dans les cieux aux côtés d'Electre.
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