Au fond d'un vieux cimetière plein de poussière,
Sur une tombe oubliée et fissurée,
Avait poussé une rose aux légers reflets,
Là où tes pas féériques avaient dansé naguère.
Un corbeau solitaire, dans son habit sinistre
Vint à passer au dessus, pendant son office,
Laborieux et noir psychopompe, déversant au calice
Du Diable ricanant toutes les âmes tristes.
Sous un orage tapageur, il posa sur elle
Son œil froid et insensible de volatile,
Sur cette créature vivante et servile,
Attachée, liée, qu'elle était au monde réel,
Lui qui avait vécu des millénaires de nuit,
Tomba en Passion pour une amante du soleil
Qui déployait ses bras arrondis et vermeils,
Sous cette brûlante lumière de midi.
Divin charognard, son cœur de glace se brisa
Sous l'épine venimeuse d'un amour défendu,
Et dès lors, il respira comme le pendu,
Par les à-coup que lui permettait sa voix.
Nul ne peut dire les souffrances que l'oiseau,
Compagnon discret de la Mort impassible,
Endura en son sein : elles furent trop terribles;
Le Destin avait marqué la fleur de son sceau.
Et lorsque la rose se fana à l'aurore,
Le corbeau mêla quelques unes de ses plumes
Aux pétales noircies sous la sinistre lune
Avant de repartir à sa besogne, encore.
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