Par delà les couchants de pourpre et de cuivre,
Nous nous embarquons dans les entrailles de bois mort
D'un navire dont la course tisse notre Sort;
Innocents comme des enfants, nous sommes bien ivres!
Le rhum de l'aventure mouillant nos lèvres salées,
Et le dos arque bouté sur des bouts tendus,
Nous nous élançons vers des paradis perdus,
Les voiles grises et les cœurs pareillement gonflés.
En nous résonne l'appel de la mer, le tambour,
Voilà la vraie pulsation, voilà le seul rythme,
Qui nous pousse à braver les tourments et les isthmes,
Qui ronfle et roule, dans les vagues, encore et toujours.
Mercenaires des flots, nous sommes partis sans regret,
Sans un sanglot ni un regard de compassion,
Et nous avons du laisser nos pauvres maisons,
Nos femmes en larmes, et nos patries désolées.
Nous voguons, nous volons, après le monstre immense,
Sur une mer plus noire que les ailes du Diable,
Car notre soif de vengeance est infatigable :
Bientôt, nous payerons aux Cieux notre créance.
Harpons et filets, fusils et canons, voilà
L'arsenal pour abattre cette créature,
Ce monstre abyssal qui a pour nourriture
Les âmes des noyés, et qui vit ici bas.
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