jeudi 5 janvier 2012

Vers les possibles

J'ai longtemps cherché, parmi des trombes d'eau froide,
Un chemin moins boueux que celui des mortels,
Et par delà les aurores aux lueurs irréelles,
Mes pas ne soulevaient que la poussière des dryades.

Parmi des forêts d'émeraude où les cauchemars
Enlaçaient de leurs bras noirs les rêves fous,
Des voix anciennes et magiques me prirent par le cou,
Asphyxiant mes sanglots dans les nénuphars,

Entre les arbres immenses, se dressait un grand monstre,
Dragon paré des plumes du paon, il chantait
Une douce complainte, d'une voix éthérée,
Et ainsi disparurent la peur et la honte.

dimanche 1 janvier 2012

Licht

Comme je descendais la rue vers le Sud immense et lointain,
Le soleil déjà blettissant jetait sur les flancs des collines
Une lumière fraiche, éclatante, comme des doigts arachnéens,
Glaçant les forêts moussues d'une rêverie de naphtaline.

Et autour de ces pics montagneux dormaient paisiblement
Des bandes de nuages étendues avecque langueur et paresse;
Parfois en émergeaient des groupes de corbeaux qui, en croassant,
Gagnaient les cieux d'azur avec une macabre délicatesse.

jeudi 29 décembre 2011

De la boue et de la vanité

Des cris, parmi les nuages de cendres, qui hurlent,
Et des volutes de fumées, chargées de souffre,
S'élevant de trous profonds comme des gouffres,
Et ces millions de vers qui rampent et qui pullulent.

Nulle lumière sur ce champ de bataille triste,
Où le pâle cavalier de la Mort décharnée,
A passé sa charrue rouillée pour moissonner,
Laissant dans l'air un parfum doucereux, sinistre.

Mille épées et lances gisant dans la boue sale,
Et tandis que retombe la fièvre animale,
Rougeoyante furie, les charognards crient,

Appelant au festin macabre leurs amis,
Tandis que sous un soleil de sang s'éteignent,
La vanité cruelle de l'homme et son orgueil hautain.

Les corbeaux

La revoilà, douloureuse et pénible angoisse,
Comme un incube elle a pris des formes de panthère,
Longiligne beauté sombre parée de lumière,
Las, revoici les corbeaux des doutes qui me tracassent!

De ses doigts de verre, elle arrache les certitudes,
Plongeant dans la glace de mes yeux déjà morts
Une lueur improbable; sous les sycomores
Déjà je respire le parfum de mes turpitudes.

Elegance de la peste et de la décadence,
Je suis déjà entrainé dans la folle danse,
Dans des pas macabres et dangereux, au bord du gouffre,

Déjà je respire de vieilles odeurs de souffre :
Ainsi, la chair de mon cœur n'est elle pas morte
Sous le marbre, et peut être y a-t-il une porte?

samedi 24 décembre 2011

Oubli

Bien des averses et des brumes m'ont traversé
Et les nuages roses de l'Holocauste sont morts
Quand tes grands yeux cristallins ont déserté
Le campement de mon cœur comme des soldats d'or

J'ai oublié ton sourire dans d'autres « je t'aime »
Et j'ai fait fi de ton parfum de Circé
Que j'ai jeté dans les plus lointains des déserts
Les condamnant à l'oubli et à l'anathème

Mes oreilles ne connaissent plus ta voix douce
Prélat de la perfidie et de l'horreur
Qui me menât au fil des heures

Jusqu'à la potence, pris par de grandes secousses
Enfer, écueil, ou même gloire, que m'importent?
Je ne veux qu'une chose : que tu partes, que tu sortes!

jeudi 22 décembre 2011

La rose et le corbeau

Au fond d'un vieux cimetière plein de poussière,
Sur une tombe oubliée et fissurée,
Avait poussé une rose aux légers reflets,
Là où tes pas féériques avaient dansé naguère.

Un corbeau solitaire, dans son habit sinistre
Vint à passer au dessus, pendant son office,
Laborieux et noir psychopompe, déversant au calice
Du Diable ricanant toutes les âmes tristes.

Sous un orage tapageur, il posa sur elle
Son œil froid et insensible de volatile,
Sur cette créature vivante et servile,
Attachée, liée, qu'elle était au monde réel,

Lui qui avait vécu des millénaires de nuit,
Tomba en Passion pour une amante du soleil
Qui déployait ses bras arrondis et vermeils,
Sous cette brûlante lumière de midi.

Divin charognard, son cœur de glace se brisa
Sous l'épine venimeuse d'un amour défendu,
Et dès lors, il respira comme le pendu,
Par les à-coup que lui permettait sa voix.

Nul ne peut dire les souffrances que l'oiseau,
Compagnon discret de la Mort impassible,
Endura en son sein : elles furent trop terribles;
Le Destin avait marqué la fleur de son sceau.

Et lorsque la rose se fana à l'aurore,
Le corbeau mêla quelques unes de ses plumes
Aux pétales noircies sous la sinistre lune
Avant de repartir à sa besogne, encore.

Erzsébet

Grande, belle dame au teint si pâle et bletissant!
Alors dans ton regard froid et opalescent,
Je devine cette angoisse du temps qui s'écoule,
Dans l'amertume de tes larmes grises qui roulent.

Quelle fée maligne, ou quel esprit des bois noirs
A pris possession de toi aux lumières du soir?
Pourquoi une telle lueur dans tes yeux de pierre?
Ce cœur doux et aimant n'est il plus que désert?

Ivre de sang, tu sombres dans l'ébauchement sinistre,
Cruauté oblivieuse des mortes passions tristes;
Le sang virginal te semble parégorique.

Salutaire nectar de vie et de beauté,
Et tu cours, comtesse, à une fin bien tragique!
Ton âme se balance, entre Styx et Léthé.